Entretien avec Stephane & Pascal réalisé par mail le 06 mai 2013.
C’est en 2012 que l’on entend parler de CROWN pour la première fois à l’occasion de The One, un EP qui nous avait bien séduit. Depuis, le duo a beaucoup travaillé et semble disposer à en récolter les fruits mais ne semble surtout pas enclin à en rester là. Avec une personnalité musicale comme on en trouve rarement sur un premier album, un label solide en support et une exposition Européenne, en attendant plus, voilà deux Français qui devraient rapidement représenter la scène Française et ils le méritent. Entretien avec les 2 parties du cerveau de CROWN qui ont les pieds bien vissés sur le sol.
Que s’est-il passé pour le groupe depuis la sortie de The One, l’EP avec lequel on vous a découvert. Cela semble avoir été une année chargée ?
Stephane : Ll'année a été bien fructueuse et ce fut un travail quotidien, on a sorti l'EP sur notre propre label Superstrong et on en a assuré la promo aussi, ce qui n'est pas une mince afffaire et notre boulot a payé car on a réussi à faire parler de nous en dehors de nos frontières tout en ayant d'excellentes retombées de The One ce qui fût très encourageant pour la suite mais aussi nous a mis une certaine pression. Après tout s'est très vite accéléré en fin d'année 2013.
Pascal : L'EP a été très bien accueilli par la presse spécialisée qui a très vite fantasmé sur l'album, autant dire que nous avions la pression. Nous avons fait quelques dates intéressantes, comme le festival Impetus, une tournée allemande avec nos amis de Zatokrev. Nous avons été endorsé par Schecter et les pédales de Jérôme Marchis et ARTS in BLOODSHED, puis l'annonce du Roadburn, la signature avec CANDLELIGHT et HIBOOKING. Effectivement une année très chargée et très motivante !
The One montrait le visage le plus lourd de CROWN alors que le split avec STVALLEY s’attardait sur l’aspect le plus expérimental. Avez-vous composé ces titres chronologiquement ou tout était déjà écrit au moment de la sortie du EP ?
Pascal : Les 2 titres du split ont été composés en même temps que ceux de The One. Nous avons préféré les garder pour un format un peu plus particulier comme le Split.
Sur ce premier album, Psychurgy, on remarque que le chant n’est pas un élément prédominant même si ces parties sont très soignées. L’abordez-vous comme un élément au même titre que les instruments avec un travail sur les sons plus que sur les mots où y a-t-il un message, une signification qui vous tienne à réellement à cœur dans vos textes ?
Stéphane : Le chant est pour moi un véritable instrument et permet de compléter le spectre sonore, il est volontairement mis un peu en retrait dans le mixage de l'album afin qu'il puisse se fondre dans les guitares. Il y a une sorte de concept dans Psychurgy qui tourne essentiellement autour de l'occulte, la nature et ses éléments, une forte misanthropie, beaucoup de nihilisme. Je suis attiré par les forces obscures depuis bien longtemps et ces forces m'inspirent et me guident.

Vous avez signé avec Candlelight Records pour ce premier album, comment un duo Strasbourgeois se retrouve dans les petits papiers de la tête pensante d’IHSAHN et d’EMPEROR ? Avez-vous hésité, avez-vous eu des craintes sur votre capacité à affronter cette exposition dès le premier album ?
Stéphane : Nous ne sommes pas strasbourgeois héhé mais colmariens. Nous n'avons pas eu de crainte particulière, tout s'est très bien passé, c'est clair qu'il y a plus d'exposition vu la renommée du label mais on est loin des grosses machines telles Nuclear Blast ou Roadrunner, le label est à dimension humaine et c'est aussi ça qui nous plait plutôt que d'être noyés dans une masse de groupes.
Pascal : Nous avons fait quelques envois ciblés avec 3 titres pré-produits du futur album, et Candlelight a très vite réagi entre Noel et Nouvel An, depuis nous sommes à nouveau obligé de croire au Père Noel !!
Vous travaillez sous forme de duo, deux guitaristes, je suppose que les titres naissent d’abord à la guitare ? On sait que le travail en duo est plus rapide qu’à quatre ou à cinq, comment se passe la composition et l’interaction de chacun dans l’écriture des titres ?
Stéphane : Le travail en duo est bien plus rapide effectivement. Tout part d'une rythmique de batterie que je fais tourner en boucle en jouant des riffs jusqu'à ce que je trouve le bon. Puis après vient la partie programmation, batterie, samples etc etc. Généralement les morceaux sont quasi finalisés quand je les soumets à Pascal, nous revoyons éventuellement les structures ou certains arrangements.
Vous travaillez également avec des éléments électroniques dont la batterie et pourtant des sons comme sur "Serpents And Fire" paraissent plus organiques, envisagez-vous de faire appel à un batteur de session à l’avenir pour certaines parties ou ce fonctionnement vous convient-il totalement ?
Stéphane : Disons que je ne souhaitais pas avoir un son de batterie typiquement industriel mais un mix entre indus et organique. Pour le moment pas de batteur de prévu, un jour peut être héhé.
Pascal : Nous avons souvent abordé le sujet entre nous, et pour le moment, nous avons décidé de rester sur une formule machine. C'est assez drôle, car souvent en descendant de scène des batteurs viennent nous voir pour proposer leurs services.
Quelques dates sont annoncées pour CROWN dont certaines avec GODFLESH, une des influences du duo, comment appréhendez-vous la scène avec votre musique à la personnalité très forte et qui va peut être demandé un temps d’adaptation à ceux qui ne vous connaissent pas ?
Stéphane : On nous compare souvent à Godflesh, c'est une influence parmi tant d'autres mais notre musique, excepté d'être deux sur scène, n'a pas grand chose à voir, on pourra trouver certaines similitudes dans la façon d'aborder les rythmiques car souvent froides et martiales mais pour le reste je dirais que les influences vont bien au delà. Il y a énormément de contraste dans nos morceaux et c'est sans doute aussi cette facette de CROWN qui plaît aux gens, il y a des parties très heavy et très mélodiques qui s'entrechoquent.
Pascal : Etrangement, et malgré le caractère de notre musique, il y a un aspect assez abordable dans notre musique et bon nombre de personnes adhèrent alors qu'elles n'écoutent pas forcément ce genre de chose habituellement. Généralement les gens qui se trouvent face à nous en concert sont venus chercher ce genre de musique, mais ce qui est assez troublant, c'est qu'il n'est pas rare de voir des gens aux premiers rangs, dansant les yeux fermés. Une sorte de transe qui doit être lié aux aspects répétitifs et lents de notre musique.
A quoi ressemble un show de CROWN (même si le meilleur moyen de savoir et de venir vous voir) ? Avez-vous pensé l’album avec l’intention d’en reproduire les traits les plus fidèles sur scène ? Utilisez-vous d’autres aspects complémentaires comme les projections par exemple ?
Pascal : La reproduction sur scène est assez fidèle, il y a quelques adaptations nécessaires mais il n'y a rien de révolutionnaire. Depuis le Roadburn nous avons effectivement des projections. Nous avons travaillé avec un ami de longue date Linus et son "7ème Oeil".

Prévoyez-vous d’autres dates rapidement ou allez-vous mettre en route d’autres projets dans l’intervalle ?
Stéphane : J'ai un projet solo nommé STValley que je vais continuer d'élaborer après notre mini tour avec Godflesh, en espérant sortir un album fin d'année voir début 2014, il y a un autre projet de black métal en route que l'on va monter moi et Freddy de Zatokrev, rien de concret pour le moment il nous faut trouver le temps.
Pascal : Il y a effectivement encore quelques échéances importantes cette année, comme la sortie sur le continent Américain, une édition vinyl, quelques concerts et une tournée européenne qui se prépare pour la fin de l'année.
En essayant de définir votre style pour les besoins de la chronique j’en suis venu à la conclusion qu’il y avait un aspect Doom, Sludge, Extrême mais aussi Post-Metal, notamment dans les structures, mais afin de ne pas vous cantonner dans un carcan, comment décrirais-tu votre musique ? Est-ce la bande son d’un voyage dans les profondeurs abyssales, dans l’esprit torturé d’un être humain, quelle image as-tu en tête lorsque tu écris ou écoute votre musique ?
Stéphane : Il y a tellement d'influences, Pascal et moi écoutons beaucoup de musique et pas seulement du Metal, difficile de décrire sa propre musique, je préfère que l'auditeur se fasse sa propre impression. L'univers de CROWN est très sombre et apocalyptique, les textes ne sont en rien lumineux mais abyssaux, dans ce que l'homme peut avoir de plus noir et décadent, l'humain est un destructeur et un autodestructeur et les tableaux qui me viennent en tête quand je compose ou écrit les paroles sont fait de ténèbres et de feu.
Pascal : il n'y a effectivement pas de doute possible sur une affiliation vers le doom/sludge pour les parties lourdes, et le post-métal représenté dans les parties plus mélodiques. C'est des musiques qui nous touchent depuis longtemps. Bien sur il y a cette touche industrielle et électro également, notamment du fait de l'utilisation des machines.
Votre artwork est lumineux et assez épuré, quel est le lien avec la musique ou les paroles ?
Pascal : Nous aimons bien les contrastes et le livret de Psychurgy joue là dessus. Une sorte de choc entre le clair et l'obscur, concept que l'on retrouve dans nos titres. L'aspect épuré de la cover est également un rappel de la musique avec une écriture qui repose sur des riffs simples et des structures assez basiques.
Est-ce que le groupe s’appelle CROWN ou C.R.O.W.N, quelle en est la signification ?
Stéphane : héhé, excellente question ! CROWN, pourquoi ? Je ne sais pas vraiment mais ça nous plaisait beaucoup et ce n’est pas compliqué à prononcer même en étant très saoul.
Propos recueillis par Aymerick Painless