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THE AMENTA

Publié le par Nono666

 

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Entretien avec Tim Pope réalisé par mail le 3 Avril 2013.



Depuis la sortie de son dernier album, Flesh Is Heir, THE AMENTA ne cesse de tourner sur sa terre natale : l'Australie. Terre lointaine, désertique et mystérieuse. Cette ancienne prison géante vit naître plusieurs formations métalliques d'envergure comme PSYCROPTIC, AIRBOURNE et, biensûr, AC/DC. Mais revenons-en à nos moutons. Timothy Pope, claviériste et sampler du groupe, nous a fait l'honneur de répondre à notre interview et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'homme est enthousiaste , fier du nouveau méfait du groupe et généreux en commentaires. Laissons maintenant la parole à l'interessé...


Cinq ans entre n0n et Flesh Is Heir, c’est une longue période, qu’avez-vous fait pendant ce temps ?
Timothy Pope : Nous prenons toujours beaucoup de temps entre les sorties d’albums et cela pour plusieurs raisons. La première est que nous mettons beaucoup d’énergie émotionnelle dans la création de nos albums. Ils ne sortent pas comme ça, sans qu’une attention particulière y soit apportée comme beaucoup d’autres le font. Nous passons beaucoup de temps à polir, afiner et réécrire pour être sûr que ce qui est sorti est l'image la plus proche que nous nous faisons du groupe. Le résultat est que nous sommes totalement cramés après avoir sorti un album. Il nous est impossible d’écrire si les idées ne sont pas, pour nous, nouvelles et innovantes. Lorsque tu as passé plusieurs années sur un album, quelques temps après, tout ce que tu vois est l’album que tu viens de finir et les nouvelles idées sont lentes à venir. C’est la situation dans laquelle nous nous sommes retrouvés, nous ne pouvions pas commencer l’écriture de l’album avant que les idées ne commencent à affluer. La deuxième raison est que nous nous sommes focalisés sur les tournées. Pour n0n nous avons tourné 3 fois en Europe, en Amérique du Nord une fois et probablement 4 ou 5 fois en Australie. Nous ne sommes pas le genre de groupe qui peut écrire dans le tour-bus. Nous idées viennent d’expérimentations et de discipline que l’arrière d’un tour-bus ne peut offrir. Je pense que si l’on s’asseyait avec nos guitares en tournée, avec 40 shows dans les pattes, nous écririons des parties de guitare assez génériques et nous ne sommes absolument pas intéressés par cela alors nous nous assurons que nous avons les bonnes conditions pour proposer de l’excellente musique. Durant ce temps, bien entendu, nous avons continué d’être actifs. En 2011 nous avons sorti le multimédia V01D (qui est toujours disponible gratuitement sur notre Bandcamp) mais aussi les EPs Choke Hold et Teeth. On aime bien sortir ces petits formats pour donner la chance à de nouveaux sons et idées et je pense que chacune des différentes directions explorées sur ces EPs contribue beaucoup au changement de son que tu peux entendre sur Flesh is Heir.

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Votre bassiste, votre batteur et votre chanteur sont dans le groupe depuis 2009 mais c’est le premier album de THE AMENTA pour lequel ils écrivent, comment c’est passé le processus d’écriture et d’enregistrement ?
Il n’y a pas eu d’énormes différences dans le processus d’écriture ou d’enregistrement dû aux nouveaux membres. Ca a toujours été que quelques uns d’entre-nous qui écrivions et ça n’a pas changé. Le processus d’enregistrement a toujours été fragmenté pour nous, les membres ayant toujours vécus dans différentes villes et différents états d’Australie alors une autre méthode d’enregistrement a été utilisée. Encore un changement auquel les nouveaux membres ont pris part : nous avons tourné avec ce line-up plus qu’avec les précédents. Durant cette période, nous avons appris à bien nous connaître, tant personnellement que musicalement et lorsque le moment d’enregistrer est arrivé nous savions de quoi chacun était capable et, plus important, comment parler à chacun des autres membres pour obtenir le résultat voulu. Souvent, pour nos enregistrements, nous avons affaire à des gens nouveaux dans le groupe et quelques fois la façon dont on traite avec les gens peut causer des problèmes, heureusement ce ne fut pas le cas cette fois-ci. Un autre changement est que, pour cet album, nous étions 100% do it yourself. Nous avons tout enregistré nous-mêmes et l’album a été mixé par Erik (MIEHS, guitares) qui a fait un excellent boulot. C’est le premier album dont nous sommes réellement satisfaits du son, c’est le son parfait pour THE AMENTA. C’est sale et crade mais ça a une chaleur et une qualité organique qui complète nos sons désagréables.

Flesh Is Heir est un album avec beaucoup d’ambiances et de bons samples, est-ce que votre musique reste instinctive ou travaillez-vous longtemps sur chaque detail de l’album ?
Auparavant, surtout avec notre dernier album, N0N, nous avons passé des mois à affiner tous les détails et à travailler sur des sons individuels pour créer l'effet désiré. Je n'avais pas envie de passer ce laps de temps à me torturer l’esprit avec cet album, le précédent a failli nous tuer et nos vies ont changé pour faire cette sorte de lien impossible enchainé à l’ordinateur. Alors nous avons dû trouver une nouvelle façon d’enregistrer pour Flesh is Heir. Comme je le mentionnais précédemment, nous ne pouvons travailler sur un album que si nous avons une idée nouvelle. Les vieilles idées sont ennuyeuses et sont détruites, pour moi, attitré aux samples et effets électroniques, la nouvelle idée était d’être plus spontané et instinctif plutôt que de programmer méticuleusement les sons comme j’ai pu le faire par le passé, cette fois j’ai enregistré de petits samples de choses que j’ai trouvé autour de ma maison et du studio. Ca peut être des couteaux qui s’entrechoquent ou un circuit d’enfant, j’ai aussi samplé d’autres choses, de tous petits passages de certains compositeurs modernes pour obtenir des chœurs prenants et des samples d’orchestre. Ceux-ci ont été mis dans la configuration live et j’ai créé des correctifs au clavier à partir des échantillons. J'ai ensuite programmé tous les faders et les touches de mon clavier de commande pour les effets de contrôle et des paramètres comme la hauteur. Cela m'a permis de manipuler les sons en temps réel, comme ils ont été enregistrés dans le morceau. Donc, ce que vous entendez au final est pratiquement un enregistrement live des sons. J'ai aussi utilisé des instruments tels que le violon, dont je ne sais pas jouer. Je l'ai utilisé comme un dispositif sonore et, étant complètement inexpérimenté en la matière, les sons qui sortaient étaient totalement imprévisibles. Je pense que ça donne à Flesh Is Heir un feeling unique. Beaucoup d’albums avec du clavier sonnent de la même façon puisque les gens utilisent les mêmes claviers ou des banques de samples. Parce que je les ai créés à partir de rien et les ai joués en temps réel, je ne pourrais jamais recréer ces sons parfaitement. Nous nous retrouvons avec un document vraiment honnête, organique et original.

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La musique de THE AMENTA est vraiment inhabituelle, quel est votre message et vos motivations pour faire cette musique si spéciale ?
Merci beaucoup, c’est bon à entendre. Nous nous efforçons de proposer une musique originale, comme tous les artistes le devrait, alors entendre que d’autres gens sont en accord avec ça est le meilleur compliment que l’on puisse nous faire. Je pense que les artistes, afin d’avoir une pertinence, doivent inventer leur propre langage pour s’exprimer. Notre intention a toujours été de trouver une nouvelle façon de créer une musique laide. Nous ne voulons sonner que comme THE AMENTA et personne d’autre. Si tu utilise le langage de quelqu’un d’autre tu ne t’exprimes pas vraiment. Si tu sonnes comme un autre groupe alors on n’a pas besoin de toi, seule la musique originale est plus forte que tout. On se noierait dans un foutoir générique se faisant passer pour de la musique, ça m’écœure et je ne veux pas en faire partie. Notre seule motivation est d’être THE AMENTA. Nous pensons que la musique doit être honnête et unique, nous sommes honnêtes et uniques.

Vous publiez vos albums chez Listenable Records, quelles sont vos relations avec le label Français, je suppose que vous êtes satisfaits de leur travail ?
Listenable Records est très bon avec nous, ce sont de très grands fans du groupe et ils nous ont permis d’atteindre beaucoup d’oreilles qui ne nous avaient jamais entendus. Nous avons apprécié ce temps passé avec eux et attendons vraiment de travailler encore plus avec eux. Les labels c’est une proposition intéressante en ces temps de téléchargement digitaux et de piratage. Pour que le choix d’un label soit pertinent, il faut qu’il soit prompt sur les nouvelles technologies et nouvelles méthodes comme être irrévérencieux et mercuriel. Je pense que l’on peut définitivement définir Listenable Records ainsi, ce sont d’excellents partenaires à cette époque.

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 Votre tournée commencera prochainement en Australie, pouvons-nous espérer vous voir en Europe et en France dans les prochains mois ?
On espère revenir en Europe prochainement, nous sommes revenus d’Europe mi-décembre donc pour le moment nous avons besoin de nous focaliser sur l’Australie mais nous sommes toujours en quête de tournée et il y a toujours des opportunités en cours de discussion. On aime tourner en Europe, vos promoteurs traitent les groupes convenablement, on s’est fait beaucoup d’amis sur le continent et l’architecture est vraiment incroyable. Espérons que l’une de ces tournées dont nous parlons se concrétise et nous serons là prochainement. Nous espérons venir en juillet mais cela dépend ensuite de quelles affiches il y aura.
 
Comment est la scène Metal Australienne ? Avez-vous des groupes à recommender aux Frenchies (à l’exception d’AC/DC et de vous bien entendu !) ?
Je suis certainement la dernière personne à qui demander des choses à propos de la scène Australienne. Je suis terrible avec les nouveaux groupes et je vais rarement aux concerts. J’entends parler de groupes par le bouche à oreille et j’essaie de m’informer comme je peux mais je manque beaucoup de bons groupes, j’en suis sur. Il y a de bons groupes ici tout de même, un groupe que j’ai énormément écouté est HEIRS de Melbourne qui je crois tourne en Europe à l’heure où j’écris ces lignes. Ils jouent une sorte de Post-Metal vraiment sombre et minimaliste (au meilleur sens du terme) et ils ont un joueur de Theremin très brillant. D’autres groupes sont excellents, et pour être honnête je dois dire que nous y sommes affiliés, comme PSYCROPTIC, MALIGNANT MONSTER, NORSE et THE SEER. Je vous recommande d’y jeter une oreille si vous n’en avez jamais entendu. La scène Australienne est comme toutes les scènes du monde entier, cela semble venir par vague. Rien de bien ne se passe puis tout à coup une dizaine de bons nouveaux groupes arrive. Je pense que nous sommes dans une période fertile mais des lieux de concert ferment chaque semaine et les groupes ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts.

Que penses-tu de l’industrie musicale et du téléchargement ?
C’est un milieu difficile, une partie de moi est furieux lorsque je vois nos albums illégalement téléchargés. Ce qui m’embête le plus c’est l’ignorance derrière le geste, nous avons dépensé des centaines de dollars pour enregistrer cet album sans parler du temps et de l’effort émotionnel, et les gens semblent aptes à le voler. Mon autre moitié est un fan de musique et je comprends ce besoin de musique nouvelle. Lorsque j’étais gamin nous mettions sur K7 tous les nouveaux CDs qui étaient dans notre cercle d’amis. C’est la même chose. En tant qu’artiste je suis content que ces gens puissent entendre ma musique et j’espère qu’ils achèteront un t-shirt un jour pour que d’une certaine façon ils payent pour la musique. Je pense qu’il y a un modèle que l’industrie de la musique pourrait adopter pour que ça fonctionne pour eux. Ce que c’est, je n’en ai aucune idée. Nous avons pensé que nous pouvions mettre notre musique en libre accès et faire de l’argent en tournant mais ça ne fonctionne pas car tous les coûts sont à la hausse. Le gasoil est trop cher, les salles n’ont pas l’argent pour payer. Je suis sûr qu’un modèle arrivera et que ça fonctionnera mais le modèle actuel est intenable. Si nous n’avions pas déjà acheté notre matériel de studio je pense que nous n’aurions pas pu enregistrer. Les nouveaux groupes doivent trouver cela très dur. Ils dépensent beaucoup d’argent pour enregistrer et sortir un album, même s’ils reçoivent des chroniques incroyables et que des centaines de gens l’écoutent ils ne rentreront jamais dans leurs frais, comment pourraient-ils enregistrer encore ? C’est une période intéressante et effrayante, je crains que les artistes intéressants et non commerciaux ne soient poussés dehors. Il ne restera que les groupes sucrés à pouvoir enregistrer et nous perdrons tout.

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Si tu as un dernier mot pour les lecteurs d’HEAVY SOUND, c’est ton espace !
Merci beaucoup pour l’interview, à tous ceux qui lisent ceci : je vous recommande d’écouter Flesh Is Heir. Je pense réellement que c’est un des albums les plus uniques et originaux dans la musique extrême. Je pense que ça balaiera tous les autres albums sortis cette année, si vous ne l’écoutez pas, c’est que vous merdez vraiment.

Propos recueillis par Germain

 

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