OPETH - Sorceress
OPETH - Sorceress
Nuclear Blast
Style : Progressive Rock
Origine : Suède
Sortie : 2016
Site Web : www.opeth.com
01. Persephone / 02. Sorceress / 03. The Wilde Flowers / 04. Will O The Wisp / 05. Chrysalis / 06. Sorceress 2 / 07. The Seventh Sojourn / 08. Strange Brew / 09. A Fleeting Glance / 10. Era / 11. Persephone (Slight Return)
OPETH est devenu, après plus de 20 ans de carrière et douze albums au compteur, un groupe incontournable de la sphère Metal. Les Suédois, menés de main de maitre par Mikael Åkerfeldt, leader surdoué, apportèrent, à leurs débuts, un souffle nouveau, une originalité et des sons peu conventionnels que personne n'avait encore soupçonner. Morningrise (1996) et ses duels acoustiques rêveurs, bordés de longues complaintes Black progressives menèrent au paroxysme musical... et quelques années plus tard, la monstrueuse et étrange toile fut tissée avec Blackwater Park (2001), marquant notamment l'arrivée fédératrice du producteur et génie anglais Steven Wilson (PORCUPINE TREE). Puis en 2002/2003, Deliverance et Damnation, duo inséparable, montrant toutes les facettes musicales du groupe. La scission se fit à partir de Watershed (2008), menant Åkerfeldt à s'émanciper quelque peu pour s'épanouir avec une approche plus langoureuse. Après quelques changements de line-up, Heritage (2011) marqua l'arrivée fortuite du Rock progressif dans la musique des Suédois, amenant une nouvelle respiration, une sorte de seconde vie pour les scandinaves. Hélas, Pale Communion (2014), bien que très bon et dans un registre assez similaire à son prédécesseur, ne fut pas tout à fait du même niveau, ne possédant pas cette même étincelle de vie. Il fallait donc qu'avec ce Sorceress, OPETH puisse à nouveau se renouveler et surprendre, pour nous ébahir totalement, comme ce fut le cas par le passé.
Persephone la magnifique, déesse d'une grande beauté, fut désignée malgré elle reine des enfers par Hades, partageant ainsi avec équité l'amour du bien sur la terre, et évidemment l'amour du mal aux enfers. Voilà la thématique de ce Sorceress, l'amour dans toute sa splendeur et sa démesure, capable de transcender comme d'anéantir tout sur son passage.
Les quelques notes acoustiques, mélancoliques et larmoyantes à souhait de "Persephone" nous adressent leur message, le groove énorme de la sorcière nous submerge totalement avec ses claviers excitants, un riff pachydermique, ultra accrocheur. L'éponyme "Sorceress" nous transporte avec un refrain magnifique et mordant qui ne manquera pas de nous faire tressaillir d'excitation. Quelle richesse ! Tant dans l'approche créative que technique, OPETH affiche un état de grâce permanent, une jouissance musicale étonnante (le somptueux et démesuré "The Wilde Flowers"), avec une dramaturgie proche de QUEEN, notamment dans ses chœurs et son chant, avec un Åkerfeldt possédé ("Chrysalis"). Et que dire du solo de Fredrik Akesson absolument fantastique... "The Wilde Flowers" rappelle les joutes victorieuses du glorieux passé Opethien. La tempête s'apaise quelque peu avec "Will O The Wisp", beau voyage où l'acoustique est roi, pouvant rappeler, dans l'esprit, un album comme Damnation. Ce Sorceress est d'une efficacité redoutable tout en étant d'une infinie variété. De plus, OPETH réussit le tour de force de réunir toutes ses périodes musicales confondues, en étant toujours au firmament, "Chrysalis" pouvant par exemple évoquer le meilleur de Blackwater Park, cependant les musiciens poussent les choses bien plus loin, comme le prouve le sublime break ambiant où Akesson détache ses notes avec une aisance et une classe sans pareil, laissant se transporter les émotions sur des vocaux et chœurs teintés 70's, la technique est là indéniablement mais avec un touché, un feeling et une délicatesse de tous les instants. Il semble aussi très important de souligner et d'insister sur la chrysalide de Mikael sur son chant clair qui, au fil des années, s'est grandement amélioré jusqu'à en devenir aujourd'hui sans faille, varié et puissant. "Sorceress 2" n'en est que plus marquant, posant les vagues sentimentales qui nous submergent parfois totalement. Celui-ci utilisant beaucoup les effets de voix pour donner des couleurs 70's (le frappant et magique "Strange Brew" dont l'accélération technique vous colle au plafond, "The Seventh Sojourn", "A Fleeting Glance"). Axenrot propose, quant à lui, cette débauche de folie supplémentaire. Sorceress bénéficie aussi de l'énorme travail de Joakim Svalberg, donnant ce grain et ce cachet vintage, déclinant des ambiances profondes, éclectiques et mélancoliques. Mais La déesse à la beauté lumineuse "Persephone" reprend finalement la main pour parachever cette nouvelle œuvre marquante, chainon manquant entre les années 70 et 2000 qui sera, sans aucun doute, l'un des sommets de cette année 2016. OPETH réussit là à obtenir la quintessence absolue de son style.
Chronique : Papa Bordg
