NEGURĂ BUNGET - ZI
NEGURĂ BUNGET - ZI
Lupus Lounge / Prophecy Productions
Style : Atmospheric Pagan Black Metal
Origine : Roumanie
Sortie : 2016
Site Web : www.negurabunget.com
01. Tul-ni-că-rînd / 02. Grădina stelelor / 03. Brazdă dă foc / 04. Baciul Mosneag / 05. Stanciu Gruiul / 06. Marea Cea Mare
Le printemps vient tout juste d'éclore, amenant avec lui son lot de lumière, de poésie, de beauté et de renaissance, mais malheureusement le ciel s'assombrira en ce jour du 21 Mars 2017, plongeant les fans de NEGURĂ BUNGET dans l'obscurité la plus totale avec la disparition de Gabriel Mafa, plus connu sous le nom de Negru, membre fondateur, batteur et artisan principal du combo roumain. Auteur de sept albums entre 1996 et 2016, ce maitre du Black folklorique qu'est NEGURĂ BUNGET s'illustrera avec quelques belles pièces comme l'irréel et faramineux Om (2006) qui restera sans doute comme l'un des chefs d’œuvre du genre. Negru a su, à travers son œuvre titanesque, amener, tout comme EMPEROR, une originalité magistrale à un registre qui avait quelque peu tendance à s'essouffler, parsemant le tout de sonorités folkloriques et progressives, s'inspirant des mythes et légendes de la culture de son pays : la Roumanie, provoquant ainsi chez l'auditeur de délectables voyages propices à l'imagination. Chez un tel homme, tout semble parfait ou presque tant sa profondeur d'âme résonne dans son humble travail.
Inaugurée en 2015 avec Tau, la « trilogie Transylvanienne » se poursuit en Septembre 2016 avec Zi, un second volet qui sonne désormais comme l'ultime testament de NEGURĂ BUNGET, exprimant comme à son habitude le mysticisme transylvanien ancestral, l'harmonie qu'il y avait jadis entre l'homme et son milieu, abordant des thèmes liés aux cultes et rites pré-chrétiens qui ont habité cette région intra-carpatique depuis des lustres. Zi n'oubliant aucunement les réflexions sur la nature, le cosmos et l'univers nous entourant. Six titres pour presque 49 minutes qui viennent conclure une carrière riche et inouïe. Et même si ce Zi n'est peut-être pas le sommet du maitre, il se rajoute sans dédain à l'édifice déjà immense du groupe. On ne peut que rester contemplatif face à des joyaux tel que le sublime "Gradina Steletor" empli d'une émotion et d'une poésie folle, d'une douceur captivante dans un premier temps où le chant clair et mélancolique de Tibor Kati est extraordinaire, le tout soutenu par un subtil et passionnant mélange d'instruments traditionnels, de guitares apaisantes et de chuchotements... pour ensuite faire parler la colère, la rage et la force. La fin retrouvant son apaisement introductif sur une trame toujours belle et progressive portée par de somptueuses guitares. Tout simplement magique. Cette magie électro-acoustique perdurant comme une nuée d'étoiles sur "Brazda da foc", mélancolique et addictive, s'étirant sur presque dix minutes, avec des passages sidérants, naviguant et ballotant l'auditeur dans l'espace intersidéral de l'émotion absolue. Mais Zi se veut beaucoup plus teigneux et nerveux avec "Baciul Mosneag", connaissant lui aussi son lot d'émotions avec un passage lent et majestueux sur des claviers sombres et maléfiques, avant de s'offrir pleinement à la violence. Petrică Ionuţescu (Flute, Nai, Kaval, Tulnic, et autres instruments folkloriques) se distingue de nouveau sur l'extraordinaire intro de "Stanciu Gruiul" où le refrain en roumain est porteur de bonne humeur et de croisade, semblable au regard d'un marin dans toute sa démesure et sa débauche. Un hymne aux profondeurs marines. L'immensité des océans se retrouvant sur l'épique "Marea Cea Mare", voyage bourré de claviers profonds, complétement habité par le sublime des profondeurs abyssales. On peut y entendre la voix de Manuela Marchis de THY VEILS s'exprimer, apportant tendresse et grâce. Le passage atmosphérique, bercé par la basse et la voix claire, est sans pareil, fragile et indescriptible. Ces onze minutes closent ce sculptural Zi de façon parfaite, laissant une impression d'éternité s'en dégager inexorablement. Juste mémorable.
Hélas, mille fois hélas, Zi n'aura pas de successeur, Negru n'ayant pas eu le temps de nous livrer le troisième volet de sa trilogie, laissant cette œuvre inachevée. Les larmes coulant comme un océan sur nos joues rougies et creusées par le malheur de son décès, il nous restera ses innombrables bijoux et ce dernier acte sublime d'un génie artistique parti trop tôt, qui nous manquera à jamais. Nous te saluons l'ami, repose en paix, nous t'aimerons toujours, et la honte serait de ne pas le dire. Adieu génie éternel !
Chronique : Papa Bordg
